Qu'est-ce qu'un ERP et qui est concerné ?

Un ERP est un établissement recevant du public : tout bâtiment, local ou enceinte dans lequel des personnes sont admises, librement ou moyennant paiement, ou dans lequel se tiennent des réunions ouvertes à tous ou sur invitation, payantes ou non. La définition est donc large. Chaque ERP est classé par type (selon son activité) et par catégorie (selon l'effectif accueilli) : ce classement détermine les règles applicables. Les établissements de loisirs concernés incluent :

  • Complexes de loisirs : bowling, escape games, laser games, parcs de trampolines, mini-golf, billard, karting indoor.
  • Établissements de bien-être : salles de sport, salles de fitness, piscines, saunas, spas.
  • Parcs et attractions : parcs de loisirs, parcs aquatiques, jardins botaniques, musées.
  • Hébergement touristique : villages de vacances, hôtels, bâtiments d'accueil des campings.
  • Restaurants et cafés avec animation : restaurants touristiques, cafés avec salle d'événements.

L'absence de conformité n'est pas seulement une irrégularité administrative : elle peut entraîner la fermeture de l'établissement et exposer l'exploitant à des poursuites pénales personnelles, ainsi qu'à l'engagement de sa responsabilité civile en cas de sinistre.

Obligations de sécurité principales

Les obligations de sécurité d'un établissement de loisirs relèvent de la réglementation ERP, mais aussi du Code du travail et, selon l'activité, du Code du sport. Voici les principaux axes et les mesures concrètes attendues. Les exigences précises (nombre et largeur des dégagements, moyens de secours, effectif admissible) dépendent du type et de la catégorie de l'établissement.

  1. Dégagements et circulation : sorties de secours clairement identifiées et non obstruées, nombre et largeur des dégagements adaptés à l'effectif accueilli, absence d'obstacles dans les couloirs et escaliers. Pour un bowling : allées de circulation, escaliers sécurisés, sorties de secours repérées.
  2. Accessibilité des personnes handicapées (loi handicap de 2005) : accès PMR, toilettes adaptées, places de stationnement, signalétique adaptée. Obligatoire pour tout ERP.
  3. Sécurité incendie : système d'alarme audible en tout point, extincteurs facilement accessibles, plans d'évacuation affichés, éclairage de sécurité et, selon le classement, détection automatique et portes coupe-feu.
  4. Électricité : installation conforme aux normes (NF C 15-100), vérifications périodiques, matériel conforme, aucun risque d'électrocution.
  5. Responsabilité et assurance : assurance responsabilité civile adaptée à l'activité (obligatoire notamment pour les établissements d'activités physiques et sportives) ; vérifiez les montants de garantie avec votre assureur.
  6. Personnel formé : le personnel doit être instruit de la conduite à tenir en cas d'incendie et entraîné à l'utilisation des moyens de secours ; former des salariés aux premiers secours (PSC1, SST) est vivement recommandé.
  7. Gestion des produits chimiques (si applicable) : stockage sécurisé, étiquetage conforme, fiches de sécurité accessibles.
  8. Densité de public et surcharge : respect de l'effectif maximal admissible, calculé selon le type d'établissement, souvent à partir de la surface accessible au public.
Exemple concret : un bowling

L'effectif maximal, le nombre et la largeur des sorties de secours, le nombre d'extincteurs et le type d'alarme découlent du classement de l'établissement (type et catégorie). Faites-les valider lors de l'instruction du dossier de sécurité ou par un bureau de contrôle, puis consignez chaque vérification (alarme, éclairage de sécurité, extincteurs) dans le registre de sécurité. À chaque service, prévoyez au moins une personne formée aux premiers secours.

Responsabilité légale du manager

La responsabilité de l'exploitant (et, selon les cas, du manager qui a reçu une délégation de pouvoirs) peut être engagée de deux façons :

  • Responsabilité civile : indemnisation de la victime en cas d'accident, généralement prise en charge par l'assurance responsabilité civile.
  • Responsabilité pénale personnelle : poursuites visant directement l'exploitant ou le responsable. Les amendes pénales ne sont pas assurables. Les sanctions (amendes, voire emprisonnement) sont plus lourdes en cas de blessures ou de décès liés à un manquement aux règles de sécurité.

Les tribunaux tiennent compte des éléments suivants : niveau de connaissance des normes (le manager doit les connaître), efforts documentés pour la conformité, formation du personnel, antécédents. Découvrez les bonnes pratiques de management pour sécuriser votre responsabilité.

Cas d'école : un client se blesse dans l'escalier mal éclairé d'un bowling non conforme. L'assurance responsabilité civile peut indemniser la victime, mais l'exploitant peut en plus être poursuivi pénalement pour blessures involontaires, et le maire peut ordonner la fermeture de l'établissement jusqu'à sa mise en conformité. Cette situation est évitable avec une conformité suivie.

Formation de l'équipe à la sécurité

L'employeur doit former son personnel à la sécurité et pouvoir le prouver. Les fréquences ci-dessous sont des repères, à adapter à vos consignes de sécurité :

Formation Public Fréquence Documentation
Sensibilisation aux consignes de sécurité Tout le personnel À l'embauche Feuille signée
Évacuation incendie Tout le personnel Exercices périodiques, selon les consignes de sécurité Compte rendu d'exercice
Manipulation des extincteurs Tout le personnel, en priorité les responsables Entraînements réguliers Attestation
Premiers secours (PSC1 ou SST) Au moins une personne par équipe (recommandé) Recyclage régulier Certificat
Conduite à tenir avec les clients en cas d'urgence Tout le personnel (selon le métier) Chaque année (recommandé) Feuille signée

Les formations et les exercices doivent être consignés dans le registre de sécurité. En cas de contrôle ou d'accident, c'est la preuve de votre diligence.

Contrôles et inspections

Les visites de contrôle sont menées par la commission de sécurité compétente, qui associe notamment les sapeurs-pompiers. Voici les modalités :

  • Fréquence : selon la catégorie de l'établissement, une visite avant l'ouverture, puis des visites périodiques dont la fréquence dépend du type et de la catégorie. Une visite peut aussi être inopinée.
  • Déroulement : la durée dépend de la taille de l'établissement. La commission vérifie les installations, les dégagements, les moyens de secours et le registre de sécurité.
  • Avis : la commission rend un avis, favorable ou défavorable, assorti le cas échéant de prescriptions à réaliser dans un délai fixé.
  • Suite : une nouvelle visite peut être programmée. Si les prescriptions ne sont pas réalisées, le maire (ou le préfet) peut ordonner la fermeture de l'établissement.

Pour préparer une inspection, faites un auto-audit 3 mois avant la date prévue. Vérifiez chaque point, documentez les corrections effectuées, formez à nouveau votre équipe.

Documents obligatoires à tenir

L'établissement doit disposer de façon permanente et accessible :

  1. Registre de sécurité : document (papier ou numérique) où sont reportés les consignes de sécurité, le personnel chargé de la sécurité, les formations et exercices, les dates et résultats des contrôles et vérifications (extincteurs, alarme, éclairage de sécurité, électricité), les travaux réalisés et les incidents survenus.
  2. Attestation d'assurance responsabilité civile : police en cours de validité, avec des garanties adaptées à votre activité.
  3. Certificats de formations : attestations PSC1, certificats extincteurs, diplômes de formation sécurité incendie.
  4. Contrats d'entretien et rapports de vérification : électricité, alarme incendie, extincteurs, à la périodicité réglementaire.
  5. Plans d'évacuation : affichés visiblement à chaque étage et à chaque accès. Cheminements d'évacuation et points de rassemblement.
  6. Notices de sécurité : guide remis aux clients (facultatif mais recommandé), expliquant les sorties, alarme, conduite en cas d'urgence.
Le registre de sécurité : votre meilleure défense

En cas de litige ou d'accident, le registre de sécurité est la preuve que vous avez respecté les obligations. Tenez-le à jour rigoureusement. C'est le document qui peut faire la différence entre une condamnation et une relaxe.

Mesures pratiques pour assurer la conformité

Voici un plan d'action structuré pour les établissements de loisirs :

  1. Audit initial (avant ouverture ou mise en conformité) : faites réaliser un audit complet par un bureau de contrôle ou un prestataire spécialisé, avec un rapport détaillé des non-conformités et un plan de correction.
  2. Corrections prioritaires : traitez d'abord les éléments critiques (sorties de secours, alarme incendie, électricité) avant de corriger les détails.
  3. Mise en place du registre : créez un registre papier ou numérique, nommez un responsable sécurité (manager ou référent qualité).
  4. Formation initiale : formez tout le personnel en début d'année, documentez chaque formation.
  5. Exercices réguliers : organisez des exercices d'évacuation à la fréquence prévue par vos consignes de sécurité et consignez-en le compte rendu.
  6. Maintenances programmées : mettez en place des contrats de maintenance pour électricité, alarme, extincteurs. Complétez-les par des contrôles internes réguliers (par exemple chaque mois) de chaque élément de sécurité.
  7. Sensibilisation client : affichage visible des plans d'évacuation, consignes de sécurité, numéros d'urgence. Lors de l'accueil, mentionnez les sorties de secours sans dramatiser.
  8. Auto-audit annuel : chaque année, refaites un audit complet pour anticiper la visite suivante.